La technique des deux ou trois crayons est l’une des plus belles traditions du dessin européen. Héritée de la Renaissance, elle associe généralement :
un crayon noir (pierre noire ou fusain),
une sanguine (dans les 3 crayons)
un crayon blanc
Sur un papier teinté, gris, beige ou brun, ces trois outils permettent de construire un volume très vivant et incarné : le noir pour l’ombre, la sanguine pour la chaleur des chairs, le blanc pour les éclats de lumière.
C’est une technique expressive, rapide, idéale pour le portrait et le modèle vivant.
Mais elle a un revers : les outils utilisés sont traditionnellement des crayons secs (Conté, Pitt Pastel, craies) dont la mine est friable.
Résultat : la pointe s’émousse vite, le trait devient épais… et la précision disparaît.
C’est exactement la difficulté rencontrée par Thierry, élève de la communauté :
« Que ce soit avec du carré Conté ou avec des crayons Pitt Pastel, je n’ai aucune précision car le trait est trop gros, la pointe s’émousse très vite. C’est une galère pour être précis. Existe-t-il un bon outil ? Faut-il tailler très régulièrement ? »
Bonne nouvelle : il existe plusieurs solutions concrètes pour retrouver de la finesse sans renoncer à l’esprit des trois crayons.
1 - Tailler et tailler encore
Pour ceux qui apprécient la sensation rugueuse des outils secs, une solution est de tailler régulièrement ses crayons
Les crayons secs sont composés d’une mine tendre qui s’use avec la pression et le frottement sur le papier.
Pour garder une pointe exploitable :
taille longue au cutter plutôt qu’au taille-crayon,
mine dégagée sur 1 à 2 cm,
finition au papier de verre.
Cette méthode permet d’obtenir une pointe fine mais aussi un flanc de mine très utile pour les aplats.
Inconvénient : il faut accepter de tailler souvent. Les dessinateurs du XIXe siècle avaient toujours un petit papier abrasif à côté d’eux , ce n’est pas un hasard !


2 - Changer de dureté
Tous les crayons secs ne se valent pas.
Un 4B ou 6B permettent des noirs profonds mais des mines particulièrement tendres et friables, peu adaptées aux détails.
Passer à une dureté 2B voire HB peut transformer l’expérience :
trait plus fin,
émoussement plus lent,
meilleur contrôle des hachures.
On peut même imaginer un jeu d’outils :
2B pour la construction et les détails,
4B pour les ombres,
6B uniquement pour les accents très sombres.
3 - Dessiner plus grand
On oublie souvent cette évidence.
Un trait de 2 mm sur un format A5 paraît énorme.
Le même trait sur un format raisin devient relativement précis.
Travailler en A3 voire en 40×50 cm :
libère le geste,
rend les proportions plus faciles,
redonne de la finesse relative au dessin.
Ce n’est pas l’outil qui change… c’est l’échelle !
4 - Optez pour des crayons de couleur
Si ce qui te plaît, c’est l’esthétique « noir – sanguine – blanc » mais pas la texture poudreuse, il existe une alternative redoutable : les crayons gras.
Un trio très efficace :
crayon de couleur noir,
crayon sanguine ou sépia,
crayon blanc.
Avantages :
pointe beaucoup plus durable,
trait net et glissant
possibilité de superposer sans poussière.
- vous pouvez même remplacer la sanguine par un bleu ou un vert, le noir par du bleu sombre ou du pourpre, le blanc par du jaune clair. De quoi bien s’amuser !
Seul bémol : le blanc marque mal sur certains papiers.
Il faut tester les marques (Caran d’Ache, Faber-Castell, Derwent) et choisir un papier un peu accrocheur.
5 - utiliser mines et porte-mine
Notre solution préférée pour le travail précis.
Les mines Conté ou Pitt en porte-mine :
restent fines plus longtemps,
s’élargissent moins qu’un crayon classique,
évitent la séance de taille toutes les cinq minutes.
On garde la beauté du trait sec, mais avec un outil plus stable.
Attention toutefois : ces mines sont fragiles et cassent facilement si on appuie trop.
Et si le problème n’était pas seulement l’outil ?
La question de la précision ne dépend pas que du matériel.
Avec les trois crayons, on travaille souvent :
par masses au plat de crayon plutôt que par contours,
avec des hachures larges,
en acceptant une part de flou vivant.
Vouloir un trait de la finesse d’un critérium n’est pas toujours cohérent avec l’esprit de la technique.
Parfois, la « galère » vient d’une attente trop graphique pour un outil pensé comme pictural.
Acceptez que cette technique n’est pas celle du trait chirurgical, mais celle du souffle, de la chair vibrante et de la lumière.



