Vos dessins sont mous ? Voici comment leur donner de la tenue !
Vous avez peut-être déjà eu cette sensation.
Vous dessinez un corps, un vase, un fruit… Les proportions ne sont pas complètement fausses, le contour ressemble à peu près à votre modèle. Et pourtant, quelque chose ne fonctionne pas.
Votre dessin est mou, cabossé, déformé.
Il manque de tension, de structure, d’aplomb. Et c’est particulièrement fréquent lorsqu’on dessine des sujets constitués de courbes.
Alors, comment faire pour donner davantage de tenue à vos dessins ?
La solution est un peu paradoxale : pour mieux dessiner les courbes, nous allons commencer par arrêter de dessiner des courbes !
Je vous explique.
1. LA courbe c'est fourbe !
Prenons un exemple un peu inhabituel : la carte de France.
Imaginez que vous deviez dessiner les côtes françaises en observant attentivement leurs contours.
Vous commencez par une courbe, qui évolue en une autre courbe, puis une autre. Vous vous appliquez à reproduire les petites sinuosités, les creux, les bosses…
Mais petit à petit, votre dessin se déforme. La Bretagne devient trop grosse, la côte Atlantique s’allonge et la Méditerranée ne ressemble plus à grand-chose !
Pourquoi ?
Parce qu’une courbe est beaucoup plus difficile à observer qu’on ne le croit.
Une courbe change constamment de direction. Elle avance un peu vers la droite, puis descend, repart légèrement vers la gauche, creuse, bombe…
Notre œil glisse le long de cette courbe comme sur un toboggan.
Il se laisse entraîner par les petites sinuosités du contour, qu’il a d’ailleurs tendance à exagérer, un peu comme des montagnes russes.
Et surtout, il est tellement occupé à observer le tout petit millimètre qu’il est en train de dessiner qu’il finit par perdre toute vue d’ensemble.
Il ne sait plus où il va. Il ne voit que le prochain virage !
Résultat : nous perdons progressivement le contrôle des dimensions et des orientations générales.
C’est ainsi qu’une carte de France devient totalement déformée. Et c’est exactement le même problème lorsque vous dessinez un corps humain, un vase ou un visage en suivant directement leurs contours.
Attention, hein ! Les courbes sont évidemment formidables pour dessiner. On peut leur donner de l’énergie, de la vitesse, de la sensibilité. Elles permettent de produire des dessins très expressifs.
Mais en ce qui concerne la recherche des proportions, elles sont franchement casse-gueule !
En leur faisant prendre de la vitesse, on risque de se planter dans les virages.
Pourquoi les droites sont-elles plus faciles à observer ?
Si vous voulez bien proportionner vos dessins et leur donner davantage de tenue, il vaut donc mieux commencer par utiliser des droites.
Car une droite, contrairement à une courbe, est extrêmement facile à lire.
Une droite relie deux points bien identifiés. Elle possède une longueur et, surtout, une inclinaison.
Et ça, notre œil sait beaucoup mieux l’évaluer.
Reprenons notre carte de France. Plutôt que de chercher immédiatement à reproduire toutes les côtes, nous pourrions commencer par construire une sorte de polygone qui en reprendrait les grandes directions.
Nous pourrions alors comparer les longueurs, vérifier les inclinaisons, contrôler les proportions générales.
Et seulement ensuite, reprendre progressivement les contours exacts.
Pour mieux dessiner les courbes, nous allons donc commencer par les remplacer par des segments droits.
Voyons comment nous y prendre.
2. Des courbes aux segments : construire plutôt que contourner
Prenons cette fois un sujet plus classique : un corps humain.
Au lieu d’essayer de reproduire immédiatement son contour, je vais chercher les grandes directions qui le composent.
Une première direction pour le dos, une autre pour le bassin, une troisième pour la jambe…
Je suis en train de fractionner les courbes en segments.
Ces segments sont ce que j’appelle des axes externes.
Ils forment une sorte d’enveloppe rigide et simplifiée autour du sujet.
À ce stade, je ne cherche absolument pas à dessiner précisément mon modèle. Au contraire !
Je commence par une découpe grossière, un peu comme le polygone de notre carte de France.
Puis, progressivement, je vais affiner cette enveloppe en redécoupant les grands segments en segments plus petits.
Et à force de les redécouper, je finirai éventuellement par retrouver mes courbes.
C’est exactement le principe que l’on retrouve dans la célèbre méthode de dessin de Charles Bargue : les contours sont d’abord envisagés comme de grands segments structurants, avant d’être progressivement affinés jusqu’à retrouver leurs sinuosités.
Le segment vient avant la courbe.
Vous pourriez vous dire :
« D’accord, mais mon modèle est courbe ! Pourquoi est-ce que je dessinerais quelque chose d’anguleux ? »
Parce qu’à ce stade, vous n’êtes pas en train de dessiner le contour définitif.
Vous êtes en train de construire.
Et cette construction vous permet de vérifier des choses beaucoup plus importantes :
Quelle est l’inclinaison générale de cette partie du sujet ?
Où se trouve le point le plus saillant ?
À quel endroit le contour change-t-il de direction ?
Ce point est-il plus à gauche ou plus à droite que celui-là ?
Cette partie est-elle plus longue ou plus courte que la précédente ?
Autrement dit, vous transformez une sensation visuelle en informations mesurables.
Et c’est précisément ce qui vous permet de mieux proportionner votre dessin.
Donner de la tenue à ses dessins grâce à la construction
Cette manière de dessiner produit également une esthétique plus charpentée.
Elle fait apparaître les cassures, les cambrures, les changements de direction qui donnent au sujet sa structure.
Elle permet d’éviter les courbes molles et les aplombs qui dégringolent !
C’est l’un des grands principes que nous enseignons dans Le Fil d’Ariane, notre formation consacrée aux bases du dessin.
Nous y consacrons tout un chapitre à la construction, avec notamment un cours complet sur les axes externes. L’objectif est d’apprendre à observer les formes, à comprendre leur organisation et à construire des dessins solides avant de chercher à les détailler.
Car bien dessiner ne consiste pas simplement à reproduire un contour : il faut aussi comprendre comment les différentes parties du sujet s’organisent les unes par rapport aux autres.
Mais attention, il y a un piège !
3. Tenez l'ensemble : ne faites pas simplement le tour de votre sujet
Imaginons que vous construisiez votre dessin en commençant en haut à gauche.
Vous descendez tranquillement le long du côté gauche de votre modèle, segment après segment.
Vous arrivez en bas.
Puis vous remontez de l’autre côté.
Cela paraît plutôt logique, non ?
Et pourtant, pendant tout ce temps, votre dessin a pu progressivement s’élargir, se rétrécir ou se déformer.
Vous avez probablement perdu la cohérence entre les côtés gauche et droit.
Pourquoi ?
Parce que vous avez fait le tour de votre sujet au lieu de vérifier sa largeur au fur et à mesure.
Vous avez fabriqué son enveloppe extérieure, mais vous avez oublié ce qui la maintient en tension de l’intérieur.
Et finalement, vous risquez de reproduire exactement les mêmes erreurs qu’en dessinant directement par le contour !
Faites dialoguer les deux côtés de la forme
Voici donc une règle extrêmement importante.
Quand vous construisez votre sujet, ne faites pas tout le côté gauche puis tout le côté droit.
Faites plutôt :
Gauche… droite. Gauche… droite. Gauche… droite.
À chaque étape, confrontez les deux côtés de la forme.
Aidez-vous des repères internes pour vérifier leurs positions respectives, leurs distances et leurs inclinaisons.
Vous éviterez ainsi qu’une erreur de quelques millimètres se transforme progressivement en une déformation générale.
Ce travail permet de maintenir une cohérence entre les différentes parties du dessin.
Et pour cela, les changements de direction du contour vont nous être particulièrement utiles.
4. Cherchez les ruptures plutôt que les petites bosses
On pourrait évidemment imaginer découper toutes les courbes en cinquante petits segments.
Mais cela ne servirait pas à grand-chose.
Ce que nous cherchons, ce sont les changements de direction significatifs, que j’appelle les points de rupture.
Prenons une courbe qui semble, à première vue, à peu près verticale.
Si vous la suivez directement avec votre crayon, vous risquez de ne voir qu’une longue sinuosité.
Mais si vous l’analysez en segments, vous pouvez identifier une première direction, puis un changement d’inclinaison, une deuxième direction, une nouvelle rupture…
Vous ne cherchez plus chaque petite bosse.
Vous cherchez l’architecture générale de la courbe.
Et c’est cette architecture qui va empêcher votre dessin de s’effondrer.
Pourquoi cette méthode est particulièrement efficace pour dessiner le corps humain
Nous avons souvent tendance à envisager le corps humain comme une succession de formes rondes.
La tête est ronde, les épaules sont rondes, la poitrine est ronde, le ventre est rond, les hanches sont rondes, les cuisses sont rondes…
Alors nous dessinons des ronds et des courbes !
Bon, j’exagère un peu.
Ces formes arrondies peuvent être très utiles pour poser les premières proportions du corps. Mais elles ne suffisent pas à donner de la tension à un dessin ni à bien camper un personnage sur ses pieds.
Regardez plutôt ce qui se passe lorsque nous cherchons les ruptures :
L’épaule, le bras, la taille, le fessier, la cuisse, le genou, le mollet, le talon…
Chaque changement de direction nous renseigne sur la structure du corps.
Tout à coup, la pose devient beaucoup plus lisible.
La cambrure apparaît, le buste et le bassin prennent une direction, la jambe semble réellement porter le poids du corps.
La figure tient debout !
Et plus le contour est délicatement accidenté, avec des petites courbes et des contre-courbes, plus cette méthode devient utile.
Car si vous cherchiez à reproduire directement chacune de ces petites ondulations, vous risqueriez de vous tromper de quelques millimètres à chaque virage, jusqu’à déformer complètement votre sujet.
Les axes externes permettent au contraire de rompre la continuité apparente des sinuosités et de rendre l’observation beaucoup moins aléatoire.
Et pour dessiner les objets ?
Évidemment, ce principe ne concerne pas uniquement le modèle vivant.
Prenez une poire.
Si vous essayez directement de dessiner « une poire », vous risquez de reproduire une sorte de symbole de poire.
Une jolie courbe ici, une jolie courbe là…
Et vous obtenez quelque chose de très générique.
Mais si vous commencez par chercher les inclinaisons, les changements de direction, les creux et les bombés réellement présents sur votre modèle, vous allez beaucoup mieux observer ses particularités.
Tout à coup, vous ne dessinez plus une poire.
Vous dessinez cette poire-là.
Même chose pour un vase, une bouteille, un pichet, un visage de profil ou un drapé.
Plus votre sujet est sinueux, plus vous avez intérêt à rechercher la structure cachée derrière ses courbes.
5. Faut-il forcément remplacer les segments par des courbes ?
Pas nécessairement !
Une fois votre construction terminée, vous pouvez tout à fait décider de conserver vos segments.
Vous obtiendrez un dessin très anguleux, avec des lignes cassantes et des changements de direction bien visibles.
Personnellement, j’aime beaucoup cette esthétique.
Regardez par exemple certains dessins de Vincent van Gogh.
Il représente des personnages penchés, parfois raccourcis par la perspective, enveloppés dans des drapés complexes.
Pas des sujets faciles !
Et pourtant, leurs silhouettes sont bien construites, leurs proportions sont solides et leurs attitudes parfaitement lisibles.
Van Gogh conserve de nombreuses ruptures dans ses contours plutôt que de lisser toutes les courbes.
Cette manière de dessiner donne beaucoup de caractère à ses figures.
Apprendre à construire avec Le Fil d'Ariane
C’est aussi ce que nous recherchons dans les exercices de construction que réalisent les élèves d’Un Autre Atelier.
Par exemple, lorsqu’ils dessinent des chaussures à partir d’axes externes, leurs dessins peuvent rester très anguleux tout en produisant déjà une belle sensation de volume et d’espace.
Et croyez-moi, dessiner correctement des chaussures n’a rien d’évident !
Dans notre formation Le Fil d’Ariane, nous apprenons justement à utiliser les outils de construction pour comprendre les formes avant de nous préoccuper de leur apparence définitive.
Vous y trouverez des explications théoriques approfondies, des démonstrations filmées, des exercices progressifs et ciblés, ainsi qu’une communauté d’élèves avec laquelle partager votre travail.
Si vous souhaitez apprendre à dessiner avec une méthode claire et structurée, vous êtes les bienvenus !
Mais revenons à nos courbes !
Car si vous ne souhaitez pas conserver cette esthétique anguleuse, rien ne vous empêche d’adoucir votre dessin.
6. Retrouver les courbes… sans perdre la structure
Une fois que votre construction fonctionne, vous pouvez revenir sur les segments et commencer à les relier entre eux par des courbes et des contre-courbes.
Des contre-courbes ?
Qu’est-ce que c’est encore que ce jargon de prof ?
C’est assez simple.
Lorsqu’une courbe est bombée, une contre-courbe vient creuser la ligne dans la direction opposée.
Ces deux ondulations s’équilibrent.
Et cette alternance joue un rôle essentiel dans le dessin du corps humain.
Apprendre à observer les courbes et les contre-courbes
Lorsque nous débutons, nous avons tendance à dessiner les différentes parties du corps comme une succession de courbes bombées.
Cela produit souvent des articulations trop étroites, des creux un peu piquants et des silhouettes artificiellement arrondies.
Or, les contours du corps sont constitués d’une alternance de courbes et de contre-courbes.
Un muscle peut produire une courbe bombée, tandis que la transition vers un tendon crée une contre-courbe.
Cette alternance permet aux lignes de s’équilibrer et aux formes de s’articuler plus naturellement.
Il est d’ailleurs très difficile de dessiner d’un seul trait une longue courbe et sa continuité en contre-courbe.
En général, la ligne s’épuise, s’essouffle et devient maladroite.
Il est donc souvent préférable de dessiner séparément ces différentes inflexions.
Le dessin respire beaucoup davantage.
Des courbes douces ou des courbes énergiques ?
En reprenant votre construction par des courbes et des contre-courbes, vous avez désormais le choix.
Vous pouvez adoucir les transitions, chercher des contours subtils et précis, prendre votre temps pour trouver chaque inflexion.
Mais vous pouvez aussi donner davantage d’énergie à vos courbes !
Accélérer le trait, accentuer les changements de direction, donner de la vitesse à vos virages.
L’avantage, c’est que vous risquez beaucoup moins de vous prendre le mur, puisque votre construction vous sert de garde-fou.
Et finalement, vous retrouvez les courbes que vous aviez envie de dessiner depuis le début.
Mais cette fois-ci, vos courbes sont tenues, tendues par les axes sous-jacents.
Autrement dit, pour obtenir une belle courbe, il commence par la casser !
Et c’est tout le paradoxe de cette méthode :
Plus vous voulez dessiner de belles courbes, plus vous avez intérêt à travailler vos axes.
7. Un exercice pour donner davantage de tenue à vos dessins
Allez, je vous propose un petit exercice pour mettre tout cela en pratique.
Choisissez un sujet comportant de nombreuses courbes.
Un fruit, une bouteille, un vase ou, si vous pratiquez le modèle vivant, une pose présentant une belle cambrure.
Et maintenant, interdisez-vous de dessiner des courbes pendant les dix premières minutes !
Vous n’avez droit qu’aux segments droits.
Commencez par chercher les grandes directions générales de votre sujet.
Identifiez les principaux changements de direction.
Puis redécoupez progressivement vos grands segments en segments plus petits.
Surtout, n’oubliez pas de faire constamment dialoguer les deux côtés de la forme.
Gauche, droite, gauche, droite…
Aidez-vous des repères internes pour contrôler les proportions.
Et seulement lorsque votre sujet vous semble correctement construit, autorisez-vous à retrouver progressivement les courbes.
Vous pourrez alors comparer votre dessin avec ce que vous auriez obtenu en essayant de suivre directement les contours du modèle.
Vous devriez constater une différence assez nette dans la tenue générale du sujet, la précision des proportions et la lisibilité des formes.
Et si vous appréciez l’esthétique anguleuse de votre construction, vous pouvez parfaitement décider de vous arrêter avant cette dernière étape !
Pour aller plus loin : apprenez à construire vos dessins avec Le Fil d'Ariane
Les axes externes sont l’un des huit outils de construction que nous enseignons dans notre méthode de dessin.
Mais ils ne fonctionnent pas seuls !
Pour réussir à dessiner un sujet correctement proportionné, il faut aussi apprendre à observer ses grandes dimensions, ses directions, ses alignements et les relations entre ses différentes parties.
C’est tout l’objectif du Fil d’Ariane, notre formation consacrée aux fondamentaux du dessin.
Nous vous proposons d’y apprendre progressivement à construire les formes, à organiser les valeurs et à développer une pratique du dessin plus solide et plus autonome.
La formation s’appuie sur des cours vidéo, des démonstrations, des exercices guidés et une communauté de dessinateurs avec laquelle échanger.
Que vous soyez débutant ou que vous dessiniez depuis plusieurs années sans parvenir à comprendre pourquoi certaines formes vous résistent, vous y trouverez une méthode pour progresser.
Retrouvez cette démonstration en vidéo !
Dans cet article, je vous ai expliqué pourquoi les contours courbes peuvent ramollir et déformer vos dessins, et comment les axes externes permettent de leur redonner de la tenue.
Mais le dessin est aussi une affaire de démonstration !
Dans la vidéo « Vos dessins sont mous », je vous montre concrètement comment utiliser cette méthode, à travers plusieurs exemples : la carte de France, le corps humain, une poire et des dessins d’artistes.
Vous pourrez voir les constructions se mettre en place, les segments se préciser et les courbes retrouver progressivement leur souplesse sans perdre leur structure.
Et si vous essayez l’exercice des dix minutes sans courbes, n’hésitez pas à nous raconter votre expérience en commentaire !
À très bientôt pour de nouveaux conseils de dessin !



