L’erreur commune lorsque l’on veut dessiner le corps en mouvement consiste à se focaliser sur les bras et les jambes. Résultat des courses ? Des personnages figés comme des statues du musée Grévin avec des bras en épouvantail. Pour en finir avec ce problème, il existe une technique sacrément efficace : la méthode des 3 nœuds. En la maîtrisant, vous pouvez enfin donner vie et expressivité à vos modèles, grâce à une impression de mouvement bien reproduite. Quel plus grand bonheur pour le dessinateur que vous êtes ? Allez, parce que c’est vous, on vous explique tout ça.
Comment dessiner le corps en mouvement simplement
Avant de vous expliquer comment faire pour bien représenter un corps en mouvement, laissez-moi vous dire ce que vous ne devez pas faire : commencer par dessiner les détails anatomiques, les muscles ou le contour de la silhouette.
Le plus important est d’abord de comprendre l’élan général du corps :
- Dans quelle direction va-t-il ?
- Où se trouve son poids ?
- Quelles parties du corps entraînent le mouvement ?
Car un corps qui bouge ne se limite pas aux mouvements des bras et des jambes. Les membres entraînent le buste et le bassin qui eux-mêmes entraînent les membres. Toutes les masses s’organisent autour d’une même action.
Avant même de dessiner les membres, focalisez-vous donc sur 3 aspects bien plus importants :
- la position de la tête
- l’orientation du buste
- l’inclinaison du bassin
Ce sont ces 3 parties du corps qui donnent à la pose sa direction, son équilibre et sa crédibilité.
Dans un premier temps, cherchez donc à construire une pose lisible plutôt que la perfection. Une fois que l’élan se ressent dans votre représentation, tous les détails anatomiques renforceront la sensation de mouvement à votre dessin. C’est dans ce sens que ça doit marcher.
Dessinez d’abord une version très schématique du corps :
- une forme pour la tête
- une forme pour la cage thoracique
- une forme pour le bassin
- des lignes pour suggérer les membres
Cette ébauche en formes simples et en axes vous aide à vérifier si la pose fonctionne avant de passer à un dessin plus précis.
Pour résumer : attachez-vous d’abord à ce que le corps est en train de faire plutôt que de reproduire tout de suite à quoi il ressemble.
La méthode des 3 nœuds : une technique simple pour structurer le mouvement
Maintenant que vous avez compris l’idée générale, entrons dans le concret. Si vous devez d’abord observer la tête, le buste et le bassin, ce n’est pas un hasard. Et c’est justement le principe de base de la méthode des 3 nœuds qui consiste à simplifier le corps humain à partir de la tête, du thorax et du bassin.
Ces 3 zones ne sont pas choisies au hasard. Elles permettent de comprendre 2 choses essentielles :
- Comment le corps s’organise dans l’espace.
- Comment le mouvement circule d’une partie à l’autre (élément capital si vous voulez dessiner un corps en mouvement digne de ce nom).
Avec cette approche, chaque nœud joue un rôle bien spécifique.
La tête : l’indicateur de l’intention du mouvement
Cette partie du corps montre où le personnage regarde, mais aussi vers quoi il se dirige ou ce qui attire son attention. Quelqu’un qui court, qui se retourne ou qui esquive quelque chose n’aura pas la tête placée de la même manière. Avec ce premier nœud, vous pouvez déjà donner la direction à votre dessin.
La cage thoracique : le marqueur de l’orientation du haut du corps
Le thorax donne une grande partie de l’élan visible dans la pose. Si le buste reste droit, rigide ou vertical, le personnage aura vite l’air bloqué. À l’inverse, dès que la cage thoracique s’incline, pivote ou accompagne l’action, le corps paraît tout de suite plus vivant.
Le bassin : le témoin du poids du corps
Cette partie de l’anatomie permet de comprendre beaucoup de choses. Le personnage est-il :
- en appui ?
- en déséquilibre ?
- Bien campé sur ses deux jambes ?
- En équilibre sur une seule jambe ?
Un bassin bien placé donne l’impression que le corps pèse réellement quelque chose. En revanche, s’il est mal positionné, le mouvement devient peu crédible, même si vous dessinez bien les genoux et les jambes.
C’est là que la méthode des 3 nœuds devient utile pour dessiner le corps en mouvement. Celle-ci vous oblige à chercher la mécanique générale de la pose. Avant de penser aux muscles, aux vêtements ou aux contours, vous vous demandez :
- Où va la tête ?
- Comment s’oriente la cage thoracique ?
- Où se place le bassin par rapport au poids du corps ?
Partant de là, vous évitez une erreur courante mais tellement répandue chez les dessinateurs : construire votre dessin à partir des extrémités. Car dans l’idéal, les jambes doivent prolonger une dynamique déjà présente dans les grandes masses du corps.
En somme, la méthode des 3 nœuds vous aide à dessiner ce que le corps est en train de faire dès le départ plutôt que de chercher à rendre vivant un corps figé (exercice beaucoup plus délicat).
Comment appliquer la méthode des 3 nœuds pour dessiner le corps en mouvement ?
Ne commencez surtout pas par dessiner le corps en entier (on vous aura prévenu…)
Posez tout d’abord une structure simple avec de grandes courbes dynamiques Ici, l’objectif est de vous assurer que le mouvement fonctionne avant d’ajouter des détails.
À ce stade, ne cherchez pas la perfection. La ligne que vous avez tracée doit suggérer l’élan du corps. Ni plus ni moins.
- Si vous dessinez quelqu’un qui court, cette ligne partira souvent vers l’avant.
- Si vous dessinez une personne qui saute, elle pourra monter ou descendre selon le moment choisi.
Une fois cette base établie, vous pouvez tracer les 3 nœuds.
Placez la tête
Dessinez la tête à partir d’une forme simple. Inutile de tracer les traits du visage à ce stade. Ce qui compte, c’est l’orientation. Pour orienter la tête, dessinez l’oreille comme un simple petit arc, tracez l’axe médian du visage ou encore l’axe des yeux.
Posez-vous les questions suivantes avant même de tracer le premier trait du visage de votre personnage :
- Regarde-t-il dans la direction du mouvement que je dessine ?
- Tourne-t-il la tête ?
- Est-il en train d’anticiper ou de réagir à ce qui se passe ?
À retenir : une tête bien orientée donne tout de suite une intention à la pose.
Ajoutez la cage thoracique
Là encore, restez simple. Utilisez une forme ovale, un bloc ou une forme inclinée. Le point important est de ne jamais la placer automatiquement droite.
- Inclinez-la dans le sens de l’action si le corps se projette.
- Placez-la dans le sens opposé si votre personnage compense un déséquilibre.
- Pour une course, le buste peut se pencher vers l’avant.
- Pour un lancer, il peut pivoter avant que le bras ne parte.
Intégrez le bassin, votre troisième nœud
Cette étape est souvent négligée par les débutants, alors qu’elle change tout. Il s’agit encore une fois de dessiner une forme simple, plus petite que la cage thoracique.
Demandez-vous si le bassin est juste sous la tête ou bien plus à droite, ou à gauche, avant même d’avoir posé le crayon sur votre papier à dessin.
Quand votre structure est solide, vous disposez d’un dessin qui ressemble un peu à un bonhomme bâton avec des axes pour les membres, c’est le moment de lier ces formes entre elles grâce à des courbes.
Sur la planche ci-dessous, extraite de notre formation MORPHO, aux étapes 3 et 4 vous pouvez voir comment tracer les courbes successives qui lient les zones entre elles grâce à un mouvement d’ellipse.
Le schéma 3 est volontairement exagéré pour vous montrer le mouvement que doit faire votre main en traçant ces courbes.
Un peu de pratique : dessiner un corps qui court avec les 3 nœuds
Afin de mieux comprendre comment utiliser cette méthode pour dessiner un corps en mouvement, prenons le cas d’un personnage en train de courir
Commencez par observer la pose sans dessiner. Regardez la position générale du corps.
- Comment le corps de notre jogger du dimanche se projette-t-il ?
- Est-il plutôt en phase d’appui, de propulsion, de suspension ?
Cette phase d’observation vous aide à comprendre le mouvement. C’est indispensable pour être en mesure de le reproduire fidèlement.
C’est bon ? Tracez ensuite quelques lignes d’élan très simples. Celles-ci doivent suggérer la direction prise par le corps. Ne cherchez pas des lignes parfaites. Il s’agit juste d’indiquer l’énergie générale de la pose.
Vous pouvez vous inspirer des croquis ci-dessous.
Passez ensuite au premier nœud : dessinez une forme ou un bloc, sans entrer dans les détails du visage. Avant de le tracer, observez son orientation :
- Accompagne-t-elle le mouvement ?
- Dans quelle direction regarde-t-elle ?
- Est-elle inclinée ? Relevée ?
Ainsi, vous donnez une intention claire à votre personnage (quelle meilleure base ?)
Une fois le premier nœud couché sur papier, place à celui de la cage thoracique. Remarquez avant tout si le buste est droit, penché, étroit, large, plus à droite que la tête ou plus à gauche.. Dans une pose de course, le thorax accompagne souvent l’élan du corps. Si votre deuxième nœud est trop vertical, votre personnage risque de paraître trop statique.
Pour finir, passons au bassin. Comme vous l’avez vu plus haut, ce nœud est décisif pour représenter comment se répartit le poids du corps (point capital lorsque l’on veut reproduire le mouvement sur un dessin).
Une fois les 3 nœuds posés, reliez-les avec une ligne souple. Vérifiez si la tête, le thorax et le bassin créent une sensation de course. À cette étape, votre dessin doit suggérer le mouvement sans bras ni jambes détaillés.
Ajoutez ensuite les jambes. Celles-ci doivent prolonger ce que le bassin indique déjà (vers l’avant, vers l’arrière, etc.)
Terminez avec les bras. Ils servent à équilibrer la course et à accompagner le mouvement du buste. Observez leur opposition avec les jambes, mais ne les utilisez pas comme un simple symbole de la course. Leur rôle est de renforcer une dynamique déjà présente dans les trois nœuds.
A ce stade vous obtenez un dessin dans ce type de définition
Pour vérifier votre dessin, masquez mentalement les bras et les jambes.
Si la tête, la cage thoracique et le bassin donnent encore une impression de mouvement, votre base fonctionne.
Si le personnage ne semble courir qu’avec les membres, revenez aux trois nœuds et ajustez leur orientation.
Cet exercice peut ensuite être répété avec d’autres photos : une personne qui saute, danse, lance un objet ou se retourne.
Le principe reste le même : commencez par comprendre l’action des grandes masses, puis construisez les membres autour d’elles.
Point important : ne cherchez pas la perfection dès le début. Pour être intégrée, la méthode des 3 nœuds demande à être répétée maintes et maintes fois avant d’être assimilée. Comme nous le répétons sans cesse dans notre cours en ligne sur les bases du dessin : practice makes perfect
Et dernier point : Si vous souhaitez représenter le mouvement, soyez vous-même en mouvement, avec des gestes dynamiques et ouverts ! Comment espérer représenter le mouvement si votre main est toute raide et crispée sur le papier ?
N’ayez pas peur des repentirs et des lignes trop longues, vous pourrez toujours les effacer tranquillement par la suite avant d’encrer au propre (si vous le souhaitez)



